Oubliez la primogéniture comme règle d’or chez les Scandinaves : le pouvoir viking se gagne à la faveur d’alliances précaires, bien plus qu’à la naissance. Ce que racontent les sagas, les fouilles et les parchemins se contredit parfois, brouillant les frontières entre grands noms et chefs inventés.
Dans Vikings, la vérité historique joue à cache-cache avec la légende. Les scénaristes n’hésitent pas à tordre la chronologie, à inventer des liens de sang ou à concentrer en un personnage les exploits de plusieurs générations de guerriers. Le spectacle prime sur la fidélité, et l’ambiguïté nourrit la fascination.
Bjorn dans Vikings : un parcours entre conquêtes, alliances et trahisons à travers les saisons
À peine sorti de l’enfance, Bjorn, fils de Ragnar Lothbrok et de Lagertha, se distingue dans Vikings par son tempérament farouche et son désir d’échapper à l’ombre paternelle. Saison après saison, il avance sur l’échiquier du Nord, alternant campagnes militaires, pactes instables et trahisons qui laissent des traces. Difficile de démêler loyautés de façade et ambitions réelles : ce chef-là navigue entre clan et quête de grandeur personnelle.
L’arrivée de Bjorn à Kattegat change la donne. Le combat pour la domination l’oppose à ses frères, Ivar, Ubbe et Hvitserk. Aux côtés d’Ivar le Désossé, incarné avec intensité par Alex Høgh Andersen, la rivalité explose, forçant Bjorn à s’entourer d’alliés dont la fidélité ne tient qu’à un fil. Les alliances de fortune défilent : tour à tour, Harald Finehair et Floki servent ses desseins, mais dans un univers où la trahison est une monnaie courante, nul pacte n’offre de garantie.
Certains épisodes marquants illustrent ce jeu dangereux : lors des expéditions en Angleterre, de la vengeance contre Aethelwulf ou du siège de Paris, Bjorn révèle ses qualités de stratège. Moins impulsif que Ragnar, il affirme une détermination à laisser son empreinte sur le monde viking. Mais son vrai défi se joue à Kattegat, entre gestion du pouvoir, coups d’État et compétition acharnée avec ses proches. La succession, entre Lagertha (Katheryn Winnick) et la fratrie, cristallise la violence des rivalités et expose la fragilité de toute alliance.

Personnage historique ou création romanesque ? Les écarts entre le Bjorn de la série et la légende nordique
Ce Bjorn captivant, taillé pour l’aventure, s’éloigne pourtant de la réalité nordique. Les textes anciens évoquent bien un certain Bjǫrn Járnsíða, surnommé « Côte-de-Fer », fils supposé de Ragnar Lothbrok. Mais ces sagas, rédigées longtemps après les faits, mélangent exploits, rumeurs et inventions littéraires.
La version de Michael Hirst fait de Bjorn l’héritier direct de Ragnar et de Lagertha, sculptant un héros dramatique à la mesure du petit écran. Or, dans la tradition nordique, Bjorn aurait mené des expéditions jusqu’en France et sur les côtes méditerranéennes, mais jamais avec la précision ni les enjeux familiaux de la série. Les liens du sang, eux aussi, sont revisités : dans les manuscrits, Bjorn n’est pas le fils unique de Lagertha, et l’opposition avec Ivar appartient au domaine de l’invention scénaristique.
Quelques exemples illustrent ces libertés prises avec la chronologie et les sources :
- Les textes comme la chronique anglo-saxonne ou les annales franques relatent des raids vikings dirigés par un chef nommé Berno ou Bernus, identifié parfois à Bjorn, mais sans jamais détailler ses origines ni ses alliances familiales.
- Le fameux siège de Paris de 845, que la série attribue à Ragnar, semble en réalité le fruit de plusieurs chefs scandinaves opérant ensemble. Bjorn aurait pu y prendre part, sans qu’aucune source ne le confirme avec certitude.
En fusionnant récits et époques, Vikings invente un nouveau mythe plus qu’elle ne restitue une réalité du IXᵉ siècle. Le décor viking, traversé de jeux de pouvoir et de trahisons, sert de toile à une tragédie moderne où la frontière entre légende et invention se trouble à chaque épisode. Au final, la série façonne moins l’histoire qu’elle ne ravive la fascination pour cette époque incertaine, là où la vérité se dérobe, mais où le fracas des ambitions résonne encore.

